06/06/2013

Noir

 

Dans une grande surface commerciale genevoise, un client pose une question sur Genève à un employé, Noir, en l'occurrence.

Sans hésiter, l'employé rétorque au client:  Je ne suis pas Genevois, je suis Noir.

Interloqué, le client a tenté de poursuivre l'échange mais l'employé l'a jugé terminé.

La scène s'est déroulée sans agressivité.


NB: sujet de blog publié en août 2011 à nouveau soumis à réflexion pour le caractère peu ordinaire du dialogue

13:50 Publié dans Genève, société | Tags : race, identité, nationalité, nationalisme, racisme | Lien permanent | Commentaires (21) | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

De fait on reconnait les vrais Genevois au fait qu'ils ont la partie gauche du visage rouge et la droite jaune... Mais ils se font de plus en plus rares !

Écrit par : Séraphin Lampion | 16/08/2011

Ce qui est certain, en tout cas, c'est que la distinction entre identité nationale -ici cantonale- et la couleur de peau a été clairement énoncée par l'employé.

Etrange mélange des genres qui n'appelle qu'à l'interrogation car la couleur de la peau n'est en théorie incompatible avec aucune identité sociale! Cette remarque n'a pas pu être adressée à l'employé qui a bien fait comprendre qu'il convenait de se satisfaire de sa réponse.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 16/08/2011

Alors que tant d'allogènes ne font aucun effort pour s'intégrer aux coutumes autochtones, beaucoup de patriotes suisses se réjouiront qu'un Noir témoigne si brillamment de sa parfaite assimilation aux valeurs profondes du pays telles qu'affichées par le 1er parti politique de la Confédération qui professe bruyamment qu'un Noir ne peut pas être Suisse.

Le client indigène a surement été "interloqué" par cet extraordinaire modèle d'intégration. Quant à expliquer la pertinence d'un tel zèle assimilationniste, et ne sachant rien de l'échange verbal ou non verbal précédent la scène, ni de la question précise du client, ni du ton de la voix employé ou du contexte émotionnel des protagonistes, j'imagine que le client indigène a du demander à l'employé allogène de lui dessiner un mouton, Genevois en l'occurence.

Écrit par : Mohamed Souyah | 17/08/2011

Victimisation, Kalimérisme, communautarisme latent, les ficelles habituelles quoi. Pour votre gouverne, 70% des Suisses ne votent PAS pour l'UDC. Et c'est un fils d'immigré libanais qui se faisait traiter de terroriste et de dealer à l'école primaire et contrôler systématiquement par les mêmes policiers qui vous le dit. La bêtise de certains n'enlève rien à la gentillesse de la grande majorité des autres. Alors de grâce, cessez de geindre et comportez-vous comme une grande personne.

Écrit par : Courant alternatif | 18/08/2011

Merci de préciser à qui vous vous adressez, Courant alternatif.
On vous comprendra d'autant mieux. Et le cas échéant, on vous répondra.
Bien vous,
HRF

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 18/08/2011

Il n'y a donc plus d'espoir Hélène ...

Écrit par : Gérard Bienvenu | 06/06/2013

En quoi, Gérard?

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 06/06/2013

Quoi ou qui ? Dire en l'homme, Hélène, ce serait banal et bien sûr inexact. Mais pour l'heure, il semble bien qu'il y ait quelque problème de société, pour qu'un être humain se présente comme un objet clinquant ou se cache de honte. Je ne sais que dire de cette situation, ni qui serait auteur, ni qui serait victime.

Écrit par : Gérard Bienvenu | 06/06/2013

La réponse de cet employé est subtile. Elle est certainement motivée par le "racisme" indirect que subissent certains "noirs" ce n'est pas étonnant.

Cela dit il n'a pas à montrer son complexe d'infériorité le faisant passer lui-même pour raciste.

Écrit par : Pierre NOËL | 06/06/2013

L'employé a répondu de manière directe et assez fière.

Afficher une identité qui passe par la couleur de sa peau alors qu'on lui pose une question qui a trait à la ville dans laquelle il travaille n'est pas anodin.

Cela démontre soit un refus de se sentir concerné par cette ville, soit le sentiment d'exclusion qu'elle lui inspire.

A l'évidence, la communication était ailleurs que dans la simple réponse à apporter à une question

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 06/06/2013

Peut-être rien à voir avec le sujet de cet article, mais j'ai été surprise - et ravie aussi ! - en voyant deux flics reprendre leur service, après leur pause McDonalds.

Deux beaux mecs, bien mignons.

Juste un détail : c'étaient un Black et son collègue un Asiatique.

Alors le Noir qui se sent pas genevois, ça me laisse froide, mais les deux autres qui ont postulé, ont passé leurs examens et "volent de leurs propres ailes" sous les couleurs genevoises dans une belle voiture propre "Police", moi ça me fait chaud au cœur.

Bonne soirée!
Karine

Écrit par : Karine | 06/06/2013

Il y a des professionnels de la victimisation, d'une manière générale ils n'ont pas se comportement au travail, à moins d'être irresponsable ou inféodé à une idéologie ou encore à une croyance. (il y en a...) Les anti-blancs agissent sournoisement entraînant avec eux d'autres communautés en particulier les Africains, dont l'histoire avec "le blanc" se résume pour eux à la colonisation et l'esclavage. Ce jeu est connu il mène à l'échec même en sachant jouer.

Les communautés religieuses dont l'islam, attisent ce sentiment, afin de faire émerger une union anti-blanc ou anti-occidentale. C'est une lutte d'influence qui prend appui sur des événements passés en se servant des minorités plus ou moins ignorantes.

J'opte pour -le refus de se sentir concerné- il le fait savoir de manière subtile en apparence. A malin, malin et demie...

Écrit par : Pierre NOËL | 06/06/2013

Une de mes connaissances, à la peau d'un beau noire ébène, mariée à un citoyen suisse, a trouvé la réponse idéale lorsque des Suisses ou des européens de race blanche lui demandent d'où elle vient étant entendu que ces fouineurs s'attendent à une réponse indiquant son pays d'origine.

Elle leur répond froidement avec une certaine ironie qu'elle est originaire de Bürchen (un village situé dans le district de Rarogne occidental) et pour prouver la véracité de ses dires elle leur planque son passeport à croix fédéral sous le tarin.

Écrit par : F.H.Jolivet | 07/06/2013

F.H.Jolivet il n'y a pas de mal à demander à quelqu'un son origine?

"Moi-je" lorsque l'on me demande: "qui étaient vos ancêtres pour que vous soyez aussi beau, svelte, les yeux bleus des îles" etc, j'aime conter cette fabuleuse histoire de nos ancêtres, ils venaient de l'Afrique de l'Est comme tout le monde, étaient néandertaliens ou autres, ne sont restés que les homo sapiens, puis vikings et barbares.

La dérive des continents à fait que toute la famille s'est dispersée au fil du temps, certains ont une peau différente, d'autres des yeux différents en fait, tout dépend des latitudes, des déplacements de peuplades, des mélanges amoureux etc, etc. A l'époque, il il a des millions d'années, c'était un autre monde....

Pourquoi montrer un passeport? En voilà une idée saugrenue...

Écrit par : Pierre NOËL | 07/06/2013

Lorsqu'on me demande mon origine, soit à cause de mon faciès visiblement pas genevois ou à cause de mon nom de famille qu'il faut à chaque fois épeler lentement, cela ne me vexe pas.
Pourquoi ?
Parce que je suis bien pâlotte et blonde et que je prends ces questions pour de la curiosité bienveillante. Mes interlocuteurs sont intrigués.
Pour les taquiner, je dis souvent que je suis originaire de "Genève-Ville" , ce qui est d'ailleurs inscrit dans mon passeport, que je n'aurais jamais l'idée de montrer. Ce serait totalement excessif.
On me croit sur parole, parce que, c'est bien connu, cette origine-là est entretemps très cosmopolite.
Et on rigole un bon coup.

Je vois dans le geste du passeport exhibé avec un geste vigoureux le signe d'une blessure, d'une vexation.
Ce geste signifie : Vous n'auriez pas dû poser cette question, elle me blesse. Vous me faites sentir que vous voyez ma couleur de peau et en me posant la question de mes origines, vous semblez dire : je constate que vous n'êtes pas d'ici ( ou pire : des nôtres).
Que faire de ça, en tant que personne à peau dite blanche ?
Faut-il mettre un tabou sur la question des origines géographiques ?
Faut-il attendre que la personne d'origine visiblement extra-européenne aborde la chose d'elle-même?
Faut-il attendre de se connaître davantage, afin de ne pas blesser la sensibilité ...à fleur de peau ?

Lorsque je me trouve à l'étranger, que l'on me perçoit comme étrangère, les turcs, les indonésiens, les espagnols etc me posent toujours, quasiment comme première question : Where do you come from ?, tellement souvent que j'hésite à emporter de petits drapeaux à agiter, pour ne pas avoir à répondre la même chose 50 fois par jour.
Je tiens à être polie et à donner une bonne image de la Suisse à l'étranger, mais parfois, je fatigue face à cette question :-))).
A mon avis, il s'agit d'une forme de politesse, de curiosité quasi rituelle.
On verbalise spontanément une perception qui crève les yeux.

Pour en revenir à scène décrite dans le billet ci-dessus : ce vendeur noir était dans un fonctionnement très naturel et sans chichis.
Il aurait certes pu dire des choses plus compliqués, dans le style : "Comme vous pouvez le constater en me voyant, je ne suis pas d'ici et je ne connais pas bien les lieux. Toutefois, je vous remercie de m'avoir parlé comme à un autochtone."
Certes, il aurait également pu dire : "Désolé, je ne sais pas.", mais sa réponse réelle est probablement plus proche de ses codes à lui que des nôtres.

Écrit par : Calendula | 08/06/2013

Hélène, il semble que vous retardez, cela fait des décennies que nous sommes passés à la couleur !!

Écrit par : Corto | 08/06/2013

Je rejoins presque entièrement Calendula dans son dernier paragraphe, qui traite de l'incident rapporté par Mme Favre. A moins que la manière dont la question a été posée ait pu lui donner l'impression que celle-ci était une sorte d'insulte, sa réaction équivalait à un rejet de tous ceux qui, tout en étant noir, comme mon épouse, se sentent aussi genevois que les autres: un peu contents, un peu râleurs, très critiques de ce qui ne va pas chez nous, bon citoyens donc.

Écrit par : Mère-Grand | 08/06/2013

Bonjour, Mère-Grand,

Je crois lire dans votre commentaire l'idée que ce vendeur noir serait responsable d'une image globale de toutes les personnes à la peau noire se trouvant à Genève, car vous écrivez ceci : "sa réaction équivalait à un rejet de tous ceux qui, tout en étant noir, comme mon épouse, se sentent aussi genevois que les autres: un peu contents, un peu râleurs, très critiques de ce qui ne va pas chez nous, bon citoyens donc."
C'est certainement excessif, car nous tous devons être capables de faire la différence entre un individu et un groupe dont nous imaginons qu'il fait partie.
Cette généralisation me fait penser à mon propre sentiment de responsabilité collective, lorsque je suis à l'étranger et que je me sens responsable de l'image de la Suisse ;-))
Je pourrais même aller plus loin : sachant que les grecs sont très remontés contre les allemands pour les raisons que l'on sait, je pourrais choisir de ne pas aller en Grèce cet été, car on pourrait me prendre pour allemande (cela m'arrive souvent). Beaucoup d'allemands choisissent de ne plus se rendre en Grèce, puisqu'ils ont été collectivement désignés comme nazis par certains grecs en colère.
Tout cela repose donc sur des généralisations et des apparences.

Qui sait, ce vendeur est peut-être un frontalier ou bien il vient seulement d'arriver à Genève.
Je fréquente des noirs dans mon monde professionnel. Il est évident qu'une personne qui vient d'arriver soit d'Afrique, soit même de France a tout un apprentissage à faire, pour comprendre comment il/elle peut être perçue chez nous. Ces personnes ont aussi des craintes et des à-priori qui n'ont pas toujours raison d'être. Nous, les genevois, ne sommes pas monobloc et c'est compliqué, parce qu'il va falloir nous comprendre un par un.
Cet individualisme ou cette particularité de chaque individu est un de nos précieux acquis, mais il amène son lot de complications.

Écrit par : Calendula | 09/06/2013

@Calendula
Je me suis attaché à la forme de sa réponse, qui contient sans aucun doute une généralisation "Je ne suis pas genevois, mais noir".
En tant que telle, elle sous-entend manifestement qu'un noir ne peut pas être genevois.
Je suis cependant d'accord avec vous pour dire que ce sous-entendu ne peut pas lui être imputé, puisque il n'a pas parlé en tant que spécialiste du langage et de la logique formelle, mais qu'il n'a fait qu'exprimer une sentiment du moment, dans le langage qui est le sien, et qu'on ne peut donc pas lui prêter l'intention que je puis paraître lui avoir prêté dans mon commentaire.
Pour résumer, je trouve cette formulation malheureuse, mais je ne prétends pas que son auteur ait voulu l'utiliser pour exprimer un refus ou un rejet ni du minimum d'assimilation que l'on peut attendre d'un hôte permanent (puisque nous ne savons pas quel est son statut), ni d'un quelconque mépris pour les habitants du lieu où il l'a exprimé.

Écrit par : Mère-Grand | 09/06/2013

@Mère-Grand,
Nos échanges , par entremise des commentaires de blogs, sont assez fréquents, pour savoir que nous sommes rarement en grand désaccord !

Le cas soumis par H. Richard-Favre fonctionne comme un sésame à un réflexion sur l'image extérieure et son importance.
Mais la scène décrite ici est trop petite pour en tirer un enseignement très vaste.
La seule chose dont on puisse être sûr : ce vendeur est très conscient de sa couleur de peau et il l'exprime à voix haute. A-t-il eu à souffrir de sa différence auparavant - on ne peut qu'émettre des hypothèses.
Cela me rappelle une scène surprenante, que j'ai vécue dans le parking d'IKEA, début janvier :
Un homme noir faisait signer une pétition contre l'excision en Afrique. Il interpellait les automobilistes qui se rendaient à leurs voitures à peu près en ces termes, avec un sourire avenant : " N'ayez pas peur, je ne vais pas vous manger, venez signer une pétition en faveur de petites filles en Afrique !"
Cette stratégie était très efficace et inhabituelle. Il me semblait y voir une grande adaptation, une dédramatisation par un humour conquérant.
C'était son choix personnel, que pouvais-je y dire ou y faire ?

Écrit par : Calendula | 09/06/2013

Merci à tous d'avoir apporté votre contribution à la lecture de cette situation.

Son intérêt est multiple et vos diverses réactions le dénotent.

On peut en effet aussi bien s'arrêter à la logique de communication et au rapport à la langue comme l'a bien relevé Mère-Grand ou alors entrer dans des considérations relatives au sentiment qu'inspire l'identité nationale.

C'est pénétrer là dans un domaine plus subjectif sinon intime lié aux expériences de chacune et de chacun comme en témoignent vos divers commentaires.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 09/06/2013

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