02/09/2016

Quand les Russes étaient en Californie...

Capture d’écran 2016-09-02 à 16.08.48.png

capture d’écran de l’article indiqué en lien au bas du sujet

Un pan d’Histoire de la Californie et de la Russie est évoqué dans un article du grand quotidien suisse Le Temps.

Suivi de trois questions, pour la deuxième, à peine orientée, la réponse qu'y apporte le Professeur Liebich est bienvenue.

On peut toujours s’interroger sur l’opportunité de tels rappels historiques tandis que le sujet traité concerne deux  grandes puissances dont les relations restent tendues.

N’est-il pas sans cesse martelé le désir d’hégémonie russe sur l’Occident sinon le reste du monde menacé d’être envahi sans la vigilances de nos édiles et autres élus ou relais médiatiques?

Se montrer critique n’équivaut pas à rejoindre le rang des complotistes de service. 

C’est demeurer conscient de forces à l’oeuvre pour orienter et influencer un public qui cherche ses repères dans la saga mondiale mondialisante.

L’Histoire est un passé construit et rapporté selon toutes sortes de critères et de références. En faire part à tel ou tel moment peut être ou ne pas être anodin.

A chacune et à chacun d’apprécier et de comparer les deux versions ci-dessous de la Californie russe:

https://www.letemps.ch/culture/2016/09/02/un-mariage-pres...

 

http://www.america-dreamz.com/info/empire_russe_californi...

 

 

Commentaires

Hélène Richard-Favre,

Il me semble que l'article de "Le Temps" en question est payant et l'ancienne astuce consistant à passer directement par Google n'a plus l'air de marcher. Il y aurait encore une option de passer par une vidéo publicitaire d'EasyJet, mais mon navigateur est certainement trop ancien pour pouvoir l’exécuter.

Bien à vous

Écrit par : Vladimir Trofimov | 02/09/2016

Répondre à ce commentaire

Merci de votre remarque, Vladimir Trofimov.

Voici, en copié-collé, l’article d’Emmanuel Gehrig, publié ce vendredi 2 septembre sur le site du journal « Le Temps ». La mention que l’article a été offert par Easy Jet figure au bas du texte.
«  » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

A un mariage près, la Silicon Valley aurait été russe

Il y a deux siècles, un aventurier russe rencontrait une belle Espagnole dans un hameau perdu au bord du Pacifique nommé San Francisco. 
Leur union, si elle avait eu lieu, aurait pu changer la face 
du monde. Le destin tragique 
de Nikolaï Rezanov éclaire l’histoire méconnue 
des colonies russes d’Amérique

Il est assez rare que l’amour et la géopolitique fassent bon ménage. En Russie pourtant, tout le monde connaît une singulière romance mêlant grands sentiments et conquête stratégique: l’histoire de Nikolaï Rezanov et Conchita Arguello. Conchita est la fille du gouverneur espagnol de San Francisco, un tout petit hameau perdu sur la côte Ouest du Pacifique. Elle s’ennuie ferme et rêve du grand monde. Or voilà qu’arrive un bel officier russe, Nikolaï, de 30 ans son aîné. Qui tombe aussitôt amoureux de la belle autant que des perspectives économiques qu’offre ce pays de cocagne appelé Californie.

Nous sommes en 1806: la région est presque intouchée par les puissances étrangères: quelques villages et missions au sud, dont El Pueblo de Nuestra Señora la Reina de Los Angeles, peuplé à l’époque de 11 familles… Au nord, une poignée d’aventuriers barbus chassent le phoque et la loutre, mènent la vie dure aux natifs aléoutes et se font parfois chasser par les plus farouches Tlingit du sud de l’Alaska.

Amour, trappeurs et conquêtes impériales dans le Nouveau Monde: étonnant que Hollywood ne se soit pas emparé de ce sujet joliment conté par Owen Matthews dans son livre «Nikolaï Rezanov, le rêve d’une Amérique russe». Une biographie qui braque les projecteurs sur les fantasmes et l’abandon programmé de la colonisation russe sur sol américain.

La route vers l’est
En Russie, ce rêve d’Amérique n’était pas une simple lubie. C’est la suite assez logique, sur le long terme, d’une conquête de l’Est qui a débuté au XVIe siècle dans une Moscovie tout juste libérée de la férule tatare. Avec la prise de Kazan en 1552, Ivan le Terrible ouvre la porte d’un gigantesque territoire aussi inexploré à cette date que le Nouveau Monde: la Sibérie. Et si l’on n’y trouve pas (encore!) de métaux précieux, en revanche la Sibérie regorge de zibelines, martres, castors et loups dont la peau était d’une telle valeur qu’on l’appelait or doux. «La fourrure de Sibérie a fait d’une principauté mineure, perdue à la lisière de l’Europe, une grande puissance», écrit Owen Matthews. Sans cela, Saint-Pétersbourg serait peut-être restée un marais infesté de moustiques.

Les cosaques – à l’origine des hommes ayant fui le servage – ont été les acteurs principaux de cette conquête de la Sibérie. Ces «pirates» du tsar n’ont pas manqué de chasser ces coûteuses peaux jusqu’à l’extermination et ont continué leur route vers l’est à l’affût de nouvelles ressources. Avec le temps, d’autres sont venus peupler ces terres, aventuriers, vieux-croyants et plus tard bannis, dissidents, zeks enfin, travailleurs chinois aujourd’hui.

Mais la Sibérie avait une fin. Au XVIIIe siècle, depuis le Kamtchatka, Vitus Béring repère les îles aléoutiennes et les côtes de l’Alaska. Et ce n’est que cinquante ans plus tard, sous Catherine II, que débute la colonisation de «l’Amérique russe» en Alaska, sous l’impulsion d’un ancien trappeur d’Irkoutsk devenu nabab sibérien: Grigori Chelikhov. Fondateur de la Compagnie russe d’Amérique, Chelikhov est tombé aux oubliettes de l’histoire car, n’étant pas de souche noble, il était soupçonné d’agir par cupidité et non pour la gloire du tsar.

Nikolaï Rezanov, officier du tsar, rêvait de bâtir un empire commercial aux Etats-Unis. (DR)
«Dépravés et alcooliques»
A l’époque où, de l’autre côté du continent, les 13 colonies déclarent leur indépendance face à l’Angleterre, les colonies russes d’Amérique luttent pour leur survie: «Des bicoques misérables, sans la moindre bougie et avec à peine de quoi manger et s’abriter», déplorait l’archimandrite Iossif à son arrivée, alors qu’on lui avait vendu le Pérou. Quant aux colons, ce n’était pas la fine fleur de la société. «La plupart des hommes qui viennent ici sont dépravés, alcooliques, violents et corrompus. Dès qu’ils retournent à Okhotsk (sur la côte russe), ils dépensent en quelques semaines ce qu’ils ont gagné en quatre ans. Puis ils repartent en Amérique.» Pour Owen Matthews, l’économie de confiscation dans les colonies russes d’Amérique offre un contraste saisissant avec l’économie libre de petits exploitants agricoles sur la côte est des Etats-Unis, et explique en partie son échec.

Rezanov, justement, nobliau de Cour, propulsé patron ad interim de la Compagnie russe d’Amérique par son mariage avec la fille de Chelikhov, a de grandes idées pour les colonies d’outre-Pacifique. Il imagine une flotte commerciale russe puissante, à l’instar de l’East India Company, qui échangerait avec l’Inde, la Chine et le Japon. Peaux du Grand Nord, baleines du sud, produits manufacturés: d’énormes perspectives commerciales s’ouvrent, avec la déliquescence prévisible de l’empire espagnol.

Mais il était peut-être plus à l’aise le nez dans les cartes à Saint-Pétersbourg. A peine remis de la mort de sa jeune épouse, Rezanov est envoyé contre son gré au Japon pour y ouvrir des relations diplomatiques. Il échoue complètement: le Japon des shoguns ne souhaite pas ouvrir le pays aux étrangers, ce que seuls les Américains parviendront à faire à coups de canon en 1853. Après des mois d’attente dans la baie de Nagasaki, Rezanov devient irascible au point de transformer sa mission en suicide diplomatique. Plus tard, il ira jusqu’à déclarer personnellement la guerre au Japon, achevant de ruiner sa réputation auprès du tsar.


«Jamais je ne vous reverrai»
Essayant de se racheter, Rezanov se rend ensuite dans les colonies d’Amérique, puis vers le sud dans l’espoir d’échanger des fourrures avec les Espagnols contre du blé et du maïs. C’est à San Francisco qu’il fait la connaissance de la fameuse Conchita. Bien plus à l’aise avec les Espagnols, Rezanov emballe tout le monde: la belle, qui veut se marier avec lui, sa famille qui finit par en accepter l’idée et les moines locaux ravis de faire de la contrebande avec le Russe. Le seul problème, c’est la mixité du mariage: seul le pape peut trancher! Rezanov promet alors de revenir sitôt qu’il aura résolu le problème.

Un leurre? On ne le saura jamais, car il est mort sur le chemin du retour, d’une possible pneumonie, en 1807. Conchita, elle, l’a attendu des années durant, jusqu’à ce qu’elle apprenne sa mort. Après avoir éconduit tous les prétendants possibles, elle a pris le voile jusqu’à son décès en 1857. «Jamais je ne vous reverrai, jamais je ne vous oublierai», susurrent les amoureux à l’heure du départ fatidique, dans un opéra rock nommé «Junona i Avos», succès énorme dans l’URSS des années 1980.

L’Alaska a été vendu aux Etats-Unis en 1867, par une Russie défaite en Crimée, qui n’avait plus les moyens de défendre les lointaines côtes du Pacifique Nord. Malchance symptomatique de cette aventure, trente ans plus tard on découvrait un gisement d’or record dans la rivière Klondike, entraînant une ruée vers l’or. Rezanov a-t-il été un visionnaire incompris, comme l’affirme Matthews? Il reste en tout cas l’un des plus célèbres amoureux transis du monde russe.

A voir: Owen Matthews, «Nikolaï Rezanov, le rêve d’une Amérique russe», Ed. Noir sur Blanc, 442 p.


«La Russie a manqué son heure»

Pour l’historien André Liebich, l’aventure russe en Californie aurait peut-être réussi un siècle plus tard

Le Temps: Le projet de Nikolaï Rezanov – faire de la Californie un nœud commercial vers l’Inde et la Chine – était-il visionnaire?

Oui, mais le timing était très mauvais. Au début du XIXe siècle, la Russie n’est pas encore un empire affirmé. Elle a connu son apogée après le Congrès de Vienne en 1815 jusqu’à sa défaite en Crimée. C’est à ce moment qu’elle s’est officiellement tournée vers le Pacifique, et vers 1900, alors qu’allait s’achever la ligne du Transsibérien, elle aurait été prête à consolider son rêve américain. Sauf qu’entre-temps, ses concurrents avaient avancé leurs pions! A ce moment, la côte Pacifique n’était plus une terre à saisir. Et les Américains, dès 1823 avec la doctrine Monroe, ont montré les muscles à l’égard des puissances européennes mais aussi de la Russie en affirmant que le continent américain n’était plus à coloniser.

Le modèle confiscatoire des colonies russes n’était-il pas condamné à l’échec face au dynamisme des Anglo-Américains?

Le modèle russe n’avait rien de spécial, il était représentatif du modèle colonial de l’époque. Les coureurs des bois du Manitoba (province de l’actuel Canada) ou les Américains lors de la conquête de l’Ouest ont vécu aussi sur un tel modèle. Par ailleurs, ils se sont montrés tout aussi féroces que les Russes avec les peuples autochtones.

Que reste-t-il de la Russie d’Amérique?

Quelques noms, comme Fort Ross («Fort Russie»), le poste le plus méridional de la Russie d’Amérique, où une chapelle a été reconstruite à l’identique. Et l’Eglise orthodoxe, qui reste bien implantée en Alaska, notamment auprès des personnes d’origine autochtone.

Cet article vous a été offert par: easyJet

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 02/09/2016

Répondre à ce commentaire

La description du "Temps" est clairement Russophobe, ne serait-ce que l'image en-tête de l'article montrant une maison en bois avec toit de chaume (exactement ce qu'on fait les colons British), quand l'autre montre des images (petites) de villes organisées. Construction de ports, chantiers navals etc, quand le 'Temps' ne présente qu'un côté négatif.
Le passage sur le Japon est fort différent de l'un à l'autre.
Décrire les Russes comme étant des alcooliques et dépensant 4 ans de travail en 3 semaines à s'enivrer, il est clair que c'est donner l'image que done actuellement l'Otan de la population Russe.
Il est vrai que les saouleries de Eltsine en public, n'ont pas arrangé la chose.
Même s'il est réel que la vodka coule bien, le whiskey aussi. J'ai assisté à un concours entre un USman et un Russe, les deux n'étaient pas beaux à voir. Mais sur le groupe c'étaient les seuls à s'adonner à ce jeu stupide.

Écrit par : Jo | 03/09/2016

Merci de vous avoir donné la peine de reproduire in extenso cet article du Temps, Hélène Richard-Favre.

Je trouve que vous avez mis la planque très haut, dans votre billet. J'entends par là qu'on est très loin de la russophobie ou d'anti-russe primaire, eux à combattre sans rentrer dans les nuances.

Par contre, je suis d'accord avec vous sur votre définition de l'histoire, et le roman historique -dans cette histoire:-) - donne toute sa place au mythe et à l'imaginaire. Dans notre cas il s'agit du roman d'Owen Matthews qui a servi d'un support à l'article -assez tendancieux, c'est vrai- du Temps.

Évidemment que les phrases du genre « «La fourrure de Sibérie a fait d’une principauté mineure [Russie], perdue à la lisière de l’Europe, une grande puissance», discréditent son auteur en tant qu'historien. Pour le reste il paraît qu'il porte mieux d'autres casquettes, celles de journaliste et d'écrivain.

Tant qu'on est dans le « temps », je voudrais terminer par la réflexion suivante.

L'histoire moderne (mais pas contemporaine) russe est « rapportée » par ce qu'on appelle le manuel unique d'histoire, manuel concocté par l’Éducation nationale russe. Son idée initialement s'est transformée en un véritable casse-tête et je suis sur, sans même le lire, qu'elle a échoué. Car quelle doit être une juste proportion entre « construit » et « rapporté » dans cette version tant désirée d'être unique de l'histoire de la Fédération de Russie du dernier siècle glissant (1917 – 2017). Comment d'écrire de façon unifiée sinon réconciliante des Révolutions de 1917, la guerre civile qui en a suivi, et les années 1991 et 1993 ? Et surtout très délicate question de la Russie des années 2000 – 2015. Car dans ce dernier cas on arrive à un problème avec tous les leaders nationaux qui se trouvent au pouvoir pendant les décennies. Les mentionner dans les livres d'histoire ou non ? A priori, personne n'aura jamais le courage de le faire. La situation est arrivée jusqu'à son paroxysme car c'est surtout à cause et/ou grâce de/à la guerre en Ukraine commencée en 2014 que la question d'héritage et de succession de l'URSS s'est posée à nouveau.

Effectivement, par définition, la Russie d'aujourd'hui représente seulement une « quinzième » de l'ex-URSS et dans le manuel d'histoire de « ce pays » il doit être question de la RSFSR (République soviétique russe) et pas de l'URSS. Je ne crois pas que ce serait le cas.

Et si le manuel d'histoire russe se veut unique, cette imposture historiographique, quant à elle, est loin d'être seule.

Écrit par : Vladimir Trofimov | 03/09/2016

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.