17/02/2017

La Crimée, l’Ukraine et le mémorandum de Budapest

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Entendre ou lire en boucle que la Russie a envahi l’Ukraine, occupé la Crimée pour, ensuite, l’annexer semble ne pas déplaire à nombre de rédactions de médias en tous genres.

Pas plus tard encore que ce 15 février, un journaliste sportif se mêlait d’une affaire qui n’avait strictement rien à voir avec le sujet qui rassemblait les invités d’un plateau de télévision.

Le débat tournait autour de l’opportunité ou non d’organiser les JO 2026 en Suisse et voici ce chef de la rubrique des sports évoquer la Crimée occupée après avoir bien précisé que les JO de Sotchi avaient été un désastre.

Mais heureusement que, parmi mes compatriotes, il s’en trouve encore à ne pas porter ce même regard buté sinon volontairement orienté sur une situation autrement plus complexe.

Il va de soi que l’appréhender avec d’autres paramètres que purement idéologiques, nécessite un recul que le temps ou l’intérêt médiatique semblent refuser.

Parler de liberté d’expression, en l’occurrence, sera peut-être revendiqué mais quand elle se fait l’alliée de pure désinformation, on est en droit de s’interroger sur les intérêts qu’elle poursuit.

Alors, pour qui souhaite en savoir un peu plus sur ce qu’il en est de la Crimée, voici un article fouillé et référencé

Commentaires

Merci Madame pour vos nombreuses tentatives de faire respecter l'histoire. Ceux qui tordent les événements sans vergognes pour coller à leurs intérêts commettent un crime contre l'humanité.

Écrit par : Ariane Grazioli | 17/02/2017

La Crimée a bel et bien été annexée. En 1954, par l'Ukrainien Nikita Khrouchtchev...Sauf qu'à l'époque, c'était une décision purement administrative parce qu'il n'y avait pas de différence entre les républiques de l'URSS. On le répétera autant de fois qu'il le faudra...
NB. On a noté un très joli moment de vérité sur la RTS où Romaine Jean est devenue commissaire en chef. Elle a fait une apparition pour dire qu'il était incorrect de parler d'annexion de la Crimée, vu que la Crimée a toujours été russe, et que c'est même leur terre d'origine...
Mais rien n'a changé. Aucun de ses journalistes ne l'a suivi. On parie que c'est suite à un téléphone du caniche de John Kerry dans notre CF ?

Écrit par : Géo | 17/02/2017

Géo,

Ce dont j’invite chacune et chacun à prendre connaissance, ici, est cette annexion de la Crimée survenue après que son indépendance avait été proclamée, à savoir, à la chute de l’ex URSS.

Je cite donc la fin de l’article dont j’ai indiqué le lien dans mon sujet:


"La souveraineté de la Crimée


Lors de la dislocation de l'URSS, et en partie en réaction à la résurgence déjà perceptible du mouvement ultranationaliste en Ukraine, la République autonome de Crimée fut rétablie le 12 février 1991, suite à un référendum. Ce fut seulement six mois plus tard que l'Ukraine devint à son tour indépendante.

Si bon nombre de Français ont réappris aujourd'hui que la Crimée avait été russe avant l'URSS, puis rattachée administrativement à l'Ukraine sur un caprice de Khroutchev, peu sont ceux qui savent qu'elle fut ensuite indépendante, avant de redevenir ukrainienne par la force. Il semble en effet que l'Ukraine attacha beaucoup moins d'importance à cette indépendance qu'à la sienne, tant applaudie :

Le 5 mai 1992, la République de Crimée fraîchement indépendante, s'était dotée d'une Constitution. Conformément à l'article 1, la dite république était un état indépendant, et l'abolition de cette Constitution était possible exclusivement par la décision du Parlement de Crimée. La république avait par la suite organisé un référendum, le 27 mars 1994, portant sur trois questions : l'élargissement de l'autonomie de la République de Crimée, la possibilité de la double nationalité pour les habitants de la Crimée (Russie et Ukraine) et l'élargissement des pouvoirs du Président de Crimée.

Les trois mesures furent adoptées à la suite du «oui» majoritaire pour chacune des trois questions. Un an plus tard, le 17 mars 1995, dans le but d'une reprise en main, Kiev eut recours à l'intervention d'unités spéciales ukrainiennes, envoyées en Crimée, destituant le président de la république Iouri Mechkov, et annexant ainsi la Crimée, si nous nous en tenons au langage en vigueur aujourd'hui.

Mais il est aussi judicieux de se rappeler que la signature du Mémorandum de Budapest date du 5 décembre 1994, alors qu'à ce moment là la Crimée ne faisait pas partie de l'Ukraine.

Et même si la politique de ce petit état sous les pressions permanentes de Kiev n'était pas toujours cohérente, cela constituait-il une raison valable pour la violation de la volonté du peuple ? Mais surtout, cela constituait-il une raison pour violer une intégrité territoriale aussi légitime que celle après laquelle l'Ukraine ne cesse de pleurer aujourd'hui ? L'application des principes du Mémorandum de Budapest serait donc à géométrie variable ? Ou ce mémorandum, non ratifié par les Etats signataires, ne serait-il pas finalement purement et simplement obsolète?"

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 17/02/2017

Merci de ce sujet de blog, Hélène Richard-Favre, et également du mise au point que vous y effectuez.

Je suis absolument d'accord surtout avec votre

« parmi mes compatriotes, il s’en trouve encore à ne pas porter ce même regard buté sinon volontairement orienté sur une situation autrement plus complexe.

Il va de soi que l’appréhender avec d’autres paramètres que purement idéologiques, nécessite un recul que le temps ou l’intérêt médiatique semblent refuser »

Je me permettrai néanmoins de remarquer que l'auteur de l'article que vous citez en référence fait une erreur de fond et, de façon générale, pêche par légèreté.

Car ce qu'on pourrait déduire de la formulation même de la question « Qui a annexé la Crimée » (cf. le titre de son article), est que l'Ukraine a annexé la Crimée avant que la Russie ne le fasse -peut-être- à son tour.

A l’occurrence c'est faux quand il écrit :

« Lors de la dislocation de l'URSS, et en partie en réaction à la résurgence déjà perceptible du mouvement ultranationaliste en Ukraine, la République autonome de Crimée fut rétablie le 12 février 1991, suite à un référendum. Ce fut seulement six mois plus tard que l'Ukraine devint à son tour INDEPENDANTE [mise en majuscule par V.T.]»

Sauf erreur de ma part, jamais dans son histoire récente avant le 16 mars 2014, la République de Crimée n'a été indépendante, le 16 mars 2014 étant la date du référendum pendant lequel le peuple de la Crimée s'est exprimé à 97% pour (la sortie de l'Ukraine) et pour la réunification « immédiate » avec la Fédération de Russie en tant qu'un sujet de ladite Fédération.

Donc, à l'image d'une étoile filante, cette République de Crimée a vécu son indépendance de l'Ukraine (tout comme et de la Russie) pendant seulement quelques jours de la semaine historique du 16 mars 2014 – 22 mars 2014.

A savoir, à partir du dimanche 16 mars 2014, dans la soirée (quand les résultats du référendum sont devenus connus), jusqu'à la journée du 21 mars 2014. Le temps pour que la Constitution de la Fédération de Russie fusse amendée en correspondance, et pour que les deux chambres du parlement russe aient validé le fait d'adhésion de la Crimée à la Russie...



@ Geo,

Je suis mort de rire avec votre « La Crimée a bel et bien été annexée... par l'Ukrainien Nikita Khrouchtchev »

Pour savoir si le Secrétaire Général du PCUS de l'époque était ou non « d'origine ukrainienne », il faut bien voir son passeport soviétique. Ce passeport ne peut être conservé que, soit dans dans ses archives familiales, soit dans les archives du KGB soviétique éclatées en 1991 - je suppose- en archives du KGB biélorusse, FSB russe, SBU ukrainien, et j'en passe.

PS 1 :

Si l'on quitte le cadre strict de la problématique de non profération des armes nucléaires, en lui-même, le mémorandum de Budapest est un exemple d'un parfait non événement

PS 2:

Je suis convaincu que toute cette agitation autour de la Crimée (par ailleurs, Crimée est un nom d'origine tatare, tandis que Taurida

( https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%A2%D0%B0%D0%B2%D1%80%D0%B8%D0%B4%D0%B0 )

est un nom d'origine taure

( https://fr.wikipedia.org/wiki/Taures) ,

et le nom d'origine russe reste donc à imaginer:-) ), donc je crois que cette agitation s’arrêtera – probablement à court terme à l'échelle historique- toute seule quand la restauration complète de l'URSS, « perestroïennogo » (restructurée) et renouvelée selon la conception originelle de Michael Gorbatchev sera achevée.

Je ne pense pas que le père de la perestroïka soviétique sera en désaccord complet avec moi sur cette problématique.

Comme dans le jeu de Lego, il suffirait de concevoir, au sein de l'URSS 2.0, la République Soviétique de Crimée au même niveau que les Républiques soviétiques russe et ukrainienne.

(cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_socialiste_sovi%C3%A9tique_de_Tauride )

D'ailleurs, de la même façon, on résoudrait le conflit dormant mais déjà très sanglant dans le Haut- Karabagh -entre les Arméniens et les Azéris-, et également le statut épanoui d'Abkhazie, république soviétique indépendante de la Russie et de la Géorgie, tout cela toujours au sein de l'URSS 2.0

(cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d'Abkhazie )

Là, où l'on assiste à une longue et agonisante désintégration de l'Union Européenne (entamée l'année dernière par Brexit) , en contre sens, on voit renaître l'Union Soviétique renouvelée.

Un élément crucial dans ces deux processus étant le paramètre linguistique. L'espace post-soviétique restant le champ d'application effective de russophonie, tandis que l'Europe aurait été, des sa conception, un véritable tour de Babel.

Écrit par : Vladimir Trofimov | 18/02/2017

Vladimir Trofimov,

Avez-vous bien lu ce passage-ci de l’article que je cite dans mon sujet et dont j’ai déjà copié-collé cet extrait dans mon précédent commentaire ci-dessus:

"La souveraineté de la Crimée

Lors de la dislocation de l'URSS, et en partie en réaction à la résurgence déjà perceptible du mouvement ultranationaliste en Ukraine, la République autonome de Crimée fut rétablie le 12 février 1991, suite à un référendum. Ce fut seulement six mois plus tard que l'Ukraine devint à son tour indépendante.

Si bon nombre de Français ont réappris aujourd'hui que la Crimée avait été russe avant l'URSS, puis rattachée administrativement à l'Ukraine sur un caprice de Khroutchev, peu sont ceux qui savent qu'elle fut ensuite indépendante, avant de redevenir ukrainienne par la force. Il semble en effet que l'Ukraine attacha beaucoup moins d'importance à cette indépendance qu'à la sienne, tant applaudie :

Le 5 mai 1992, la République de Crimée fraîchement indépendante, s'était dotée d'une Constitution. Conformément à l'article 1, la dite république était un état indépendant, et l'abolition de cette Constitution était possible exclusivement par la décision du Parlement de Crimée. La république avait par la suite organisé un référendum, le 27 mars 1994, portant sur trois questions : l'élargissement de l'autonomie de la République de Crimée, la possibilité de la double nationalité pour les habitants de la Crimée (Russie et Ukraine) et l'élargissement des pouvoirs du Président de Crimée.

Les trois mesures furent adoptées à la suite du «oui» majoritaire pour chacune des trois questions. Un an plus tard, le 17 mars 1995, dans le but d'une reprise en main, Kiev eut recours à l'intervention d'unités spéciales ukrainiennes, envoyées en Crimée, destituant le président de la république Iouri Mechkov, et annexant ainsi la Crimée, si nous nous en tenons au langage en vigueur aujourd'hui.

Mais il est aussi judicieux de se rappeler que la signature du Mémorandum de Budapest date du 5 décembre 1994, alors qu'à ce moment là la Crimée ne faisait pas partie de l’Ukraine. »

D’autres juristes confirment ce fait de l’indépendance de la Crimée. Or vous semblez le contester.

Peut-être, dans ce cas, devriez-vous vous adresser directement à l’auteur de l’article?

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 18/02/2017

Oui, Hélène Richard-Favre, j'ai bien lu ce passage tout comme le reste de l'article auquel vous faites référence.

§1

Qui plus est, j'en cite la première alinéa que voici :

« Lors de la dislocation de l'URSS, et en partie en réaction à la résurgence déjà perceptible du mouvement ultranationaliste en Ukraine, la République autonome de Crimée fut rétablie le 12 février 1991, suite à un référendum. Ce fut seulement six mois plus tard que l'Ukraine devint à son tour INDEPENDANTE [mise en majuscule par V.T.]»

Concernant mes affirmations qui semblent nous départager sur cette question, voici l'article de Wikipedia consacré à cette Constitution controversée (controversée car étant en contradiction avec la Constitution de l'Ukraine), constitution dite «la Constitution du 1992 »

En français,

https://fr.wikipedia.org/wiki/Constitution_de_la_R%C3%A9publique_autonome_de_Crim%C3%A9e

ou, mieux, en russe

https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%9A%D0%BE%D0%BD%D1%81%D1%82%D0%B8%D1%82%D1%83%D1%86%D0%B8%D1%8F_%D0%90%D0%B2%D1%82%D0%BE%D0%BD%D0%BE%D0%BC%D0%BD%D0%BE%D0%B9_%D0%A0%D0%B5%D1%81%D0%BF%D1%83%D0%B1%D0%BB%D0%B8%D0%BA%D0%B8_%D0%9A%D1%80%D1%8B%D0%BC

C'est mieux en russe car, en poursuivant des liens, on peut facilement accéder aux documents authentiques en russe :

Ça http://sevkrimrus.narod.ru/ZAKON/1991-2.htm

et ça :

http://sevkrimrus.narod.ru/ZAKON/1992otme.htm

§2

Quoi qu'il en soit, le paragraphe suivant

« Le 5 mai 1992, la République de Crimée fraîchement indépendante, s'était dotée d'une Constitution. Conformément à l'article 1, la dite république était un état indépendant, et l'abolition de cette Constitution était possible exclusivement par la décision du Parlement de Crimée. La république avait par la suite organisé un référendum, le 27 mars 1994, portant sur trois questions : l'élargissement de l'autonomie de la République de Crimée, la possibilité de la double nationalité pour les habitants de la Crimée (Russie et Ukraine) et l'élargissement des pouvoirs du Président de Crimée. »

contient une contradiction de taille :

A le suivre, on se pose naturellement une question suivante :

pourquoi diable «  la République de Crimée [DEJA, NDLR] fraîchement indépendante » doit ce doter ENSUITE (le 5 mai 1992) d'une Constitution qui «  Conformément à l'article 1, la dite république était un état indépendant »  ???

L’erreur subtile que commet Vincent Parlier [l'auteur de l'article dont on parle] consiste dans l'incompréhension du fait que le 12 février 1991 le Conseil Suprême de RSS de l'Ukraine (attention, on est encore dans l'URSS bien vivante, bien avant le 8 décembre 1991, date fatidique de la Belovej, date dont d'aucuns ont « célébré » tout récemment le 25e anniversaire ! :-)) a restauré pour la Crimée son statut de la République Autonome Socialiste Soviétique (RASS) - sous-entendu, au sein de la RSS de l'Ukraine.

Dans l'URSS, les RASS ne pouvaient exister qu'au sein d'une RSS. Par exemple, la même RASS d'Abkhazie (cf. mon commentaire précédent) existait en tant que RASS au sein de RSS de Géorgie etc.

De ma part, ce que je trouve aujourd'hui très curieux sinon symbolique est que ce 8 décembre 2016, pour des raisons tout a fait personnelles je devais me rendre en France via Genève et, extremis, j'ai réussi à prendre un billet d'avion Moscou - > Genève, mais ensuite j'ai été empêché y aller, et seulement dans la journée du 8 décembre j'ai découvert qu'il s’agissait du 25e anniversaire de « Belovej ». Avec l'interview du 13 décembre 2016 que Michael Gorbatchev a accordé aux médias russes :

https://francais.rt.com/international/30558-gorbatchev-nouvelle-union-ex-union-sovietique

C'est en ce moment que j'ai réalisé qui était vraiment ce prix Nobel de la paix du 1990, le « premier Nobel de la paix d'après la guerre froide », l'homme dont le début de la règne a été pourtant entachée par un terrible accident de Tchernobyl.

http://www.ina.fr/video/CAC93068178

§3

Pour terminer, Hélène Richard-Favre, je vous remercie de me permettre revisiter cette période la plus énigmatique de l'histoire tragique de mon pays d'origine.

Bien à vous,

Vladimir Trofimov

Écrit par : Vladimir Trofimov | 18/02/2017

Vladimir Trofimov @ Bien vu ! Il n'était pas Ukrainien...
Dans wikipedia, dans l'article qui lui est consacré:

Khrouchtchev parle en termes élogieux de l'Ukraine qu'il avait gouvernée durant plus d'une décennie :

« Je dirais que le peuple ukrainien m'a bien traité. Je me rappelle avec enthousiasme les années que j'y ai passé. Il s'agissait d'une période pleine de responsabilités mais plaisante car elle m'apportait de la satisfaction... Mais loin de moi l'idée d'accroître mon importance. L'ensemble du peuple ukrainien a réalisé de grands efforts. J'attribue le succès de l'Ukraine au peuple ukrainien dans son ensemble. Je ne m'étendrai pas davantage sur ce thème, mais en principe il est très facile à démontrer. Je suis moi-même Russe et je ne veux pas offenser les Russes. »

Écrit par : Géo | 19/02/2017

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