26/03/2017

Relire Platon, relire Pascal

Les mots pour dire les maux, elles, ils sont nombreux à en avoir l’aptitude. Pour quel impact, c’est une autre question.

Exprimer quelque réserve face à l’intervention de figures littéraires dans le débat public comme cela apparaît ici ou là sur blogs ou autres commentaires déposés sur les réseaux sociaux, est-il de mise?

Platon a traité de la place du poète dans la Cité. Mais c’est surtout à celle prise par les sophistes qu’il a tenu à réagir.

Aussi a-t-il banni leur formule selon laquelle l’homme serait la mesure de toute chose pour lui opposer la sienne, exposée dans Lois IV, 716c, Dieu est la mesure de toutes choses.

C’est du débat porté autour de la connaissance que le poète et le sophiste, selon Platon, doivent être exclus. Le premier, pour être sujet à l’inspiration, le second, à l’opinion.

La connaissance, pour le philosophe, doit dépasser inspiration et opinion. La connaissance, pour être abordée, doit donc être traitée sur un mode dialectique, comparable, en ceci,  à une sorte de géométrie.

Ce qui ne peut manquer de renvoyer à Pascal et à ses considérations sur l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse

Relire Platon, relire Pascal, serait-ce trop demander?

Puisse la question ne pas être la réponse, tel est un souhait, peut-être lancé comme une bouteille à la mer, au moins aura-t-il été exprimé ici.

 

 

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Commentaires

Si la poésie et la philosophie ne sont pas "spirituellement" en dessus des préoccupations et des pensées des peuples comment voudriez vous qu'elles tirent les peuples vers le haut?
Les mathématiques de l'esprit de Pascal n'ont pas réussi à quantifier et mettre en formule précise et géométrique l'intuition et le sentiment et combien ceci est important pour l'existence de la poésie et de la philosophie, les approches quantiques et probabilistes arrivent presque à cerner mais Dieu merci pas à quantifier ni à formuler de manière précise ces paramètres si nécessaires à notre existence entant qu'êtres humains et pas encore robots...

Écrit par : Notaf André | 26/03/2017

Nombreux sont ceux qui ne croient pas que dieu soit une mesure quelconque

Écrit par : Douin | 26/03/2017

"Relire Platon, relire Pascal, serait-ce trop demander ?"

Autant demander au lecteur moyen de votre blog (auquel je m’identifie…) de « faire » le K2 en espadrilles et sans oxygène… Un autre pavé majeur de la philosophie, L’Ethique de Spinoza, s’articule aussi comme un traité de mathématiques avec ses définitions, axiomes, théorèmes, démonstrations etc.… Cela n’en rend pas la lecture plus facile, bien au contraire. Et puis le poète comme l'intellectuel appartiennent à la polis, ils ne doivent pas être exclus du débat public. On n'attend d'eux que de modérer le débit de leurs conneries.

Écrit par : gislebert | 26/03/2017

"Autant demander au lecteur moyen de votre blog (auquel je m’identifie…) de « faire » le K2 en espadrilles et sans oxygène… « , commentez-vous, gislebert.

Nombreux sont les curieux qui n’auraient pas eu l'occasion de lire Platon et Pascal au Collège, ici, au Lycée en France, qui ne rejoignent pas votre projection.

C’est que ces personnes sont tout simplement avides de connaissances et savent reconnaître l’intérêt d’approches qui n’ont jamais été réservées qu’aux seuls suicidaires que vous évoquez.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 26/03/2017

@gislebert

Il n'y a de conneries qu'à partir du moment où elles sont clairement définies et relativisées... Ce qui en sera pour vous n'en sera pas pour moi etc.
Et puis on est toujours le con de quelqu'un d'autre et ni vous ni moi n'échapperont à ce qui semble être devenu un principe universel...
Alors vive les poètes, les intellectuels et les philosophes qui savent nous inciter à mettre un peu de structure et de l'esthétique dans nos pensées, dans nos discours, dans nos utopies et surtout qu'ils ne modèrent rien ainsi il nous appartient heureusement encore de trier ce qu'il nous faut, ce qui nous fait plaisir ce qui rend le monde divers et plein de surprises et vive les conneries de la biologie qui l'ont façonné comme il est...

Écrit par : Notaf Andrén | 26/03/2017

Ma remarque ne concernait que le débat politique actuel auquel se référait le billet du blog. A moins que j'aie mal compris... Pour le reste, bien d'accord avec vous, merci, ai lu le Hasard et la Nécessité De Monod en son temps.

Écrit par : gislebert | 26/03/2017

Qu’a-t-on lu de Platon et de Pascal au collège ou en classes terminales ? Des extraits, commentés, résumés, prédigérés… Alors prétendre avoir lu Platon et Pascal, je préfère me la jouer modeste, chère Madame. Ne faisais que souligner la difficulté de l’exercice en mettant en parallèle l’Ethique de Spinoza, mais cela il semble que vous ne l’ayez point compris. Aucune prétention d’élitisme de ma part.

Écrit par : gislebert | 26/03/2017

Gislebert, vous répondez à Notaf Andrén que votre "remarque ne concernait que le débat politique actuel auquel se référait le billet du blog. »

Le «  billet de ce blog » se réfère au « débat public ». « Public » n’a pas encore, pour synonyme « politique » à ma connaissance.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 26/03/2017

Gislebert,

J’ai répondu à une partie bien précise de votre commentaire que j’ai reprise et citée.

Il semble que cela vous ait échappé.

Je recopie-colle, ci-après, mon commentaire, parfois, deux lectures valent mieux qu’une:

"Autant demander au lecteur moyen de votre blog (auquel je m’identifie…) de « faire » le K2 en espadrilles et sans oxygène… « , commentez-vous, gislebert.

Nombreux sont les curieux qui n’auraient pas eu l'occasion de lire Platon et Pascal au Collège, ici, au Lycée en France, qui ne rejoignent pas votre projection.

C’est que ces personnes sont tout simplement avides de connaissances et savent reconnaître l’intérêt d’approches qui n’ont jamais été réservées qu’aux seuls suicidaires que vous évoquez."

Quant à l’expression « lire » tel ou tel auteur, jamais elle n’a signifié le lire dans l’intégralité de son oeuvre sauf à se limiter au seul sens premier des termes.

Et les éventuels extraits sinon les titres d’oeuvres qui sont proposés aux Collégien(ne)s ou aux Lycéen(ne)s ne sont qu’un aperçu, certes, mais il sont au moins suffisants à susciter l’envie de relire lesdites oeuvres ou leurs auteurs, question d’élargir l’horizon de la réflexion.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 26/03/2017

Le débat public en France actuellement porte sur la politique essentiellement...
Faut tout de même pas trop pousser... Quant au reste, je vous l'accorde bien volontiers.Dont acte.

Écrit par : gislebert | 26/03/2017

Gislebert,

A plusieurs reprises, j’ai relevé la récurrence avec laquelle vous soumettez les sujets de ce blog au prisme déformant de votre lecture.

Les mots ont un sens et le « débat public » tel qu’il est évoqué dans mon propos n’est non seulement pas synonyme de « débat politique » comme je vous l’a fait remarquer plus haut, mais pas davantage ne se réduit-il non plus au débat public mené dans la seule France comme vous le commentez ci-dessus.

Donc, comme vous l’écrivez en toute amabilité, « Faut tout de même pas trop pousser ».

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 26/03/2017

Jeanne Hersch, philosophe, enseignait que la philosophie d'un tel peut ne pas convenir à un autre parce que nos vécus, et, avant tout, ressentis de nos vécus sont uniques, chacun ayant son propre ressenti.
Au vu de la situation de la planète, Madame Richard-Favre, comment ne pas avoir la certitude qu'il faudrait relativiser voire dédramatiser tout ce qui n'est pas éthique, musique, arts, connaissances au domaine de la cognition amour, partage et.... poésie!?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/03/2017

Et pourquoi pas lire Lucretius et le curé Meslier? Parce que "relire" ces auteurs, j'ai comme un doute.

Écrit par : Charles | 26/03/2017

Hélène Richard-Favre,

J'ai trouvé le texte de Pascale sur l'esprit de finesse un peu trop dur pour un lecteur lambda. En cherchant un peu sur internet j'ai trouvé le nom d'Henri Bergson apparaître dans le contexte de la notion pasacalienne de l'esprit de finesse.

Il s’avérerait ainsi qu'une lecture préalable de Bergson sur Pascal rendrait plus digeste la lecture de Pascal lui-même.

Donc relire Platon, relire Pascal – oui, mais d'abord relire Bergson:-)

Voici une traduction d'une citation de Bergson, texte en russe tiré du livre d'Irina Blaouberg, docteur en philosophie et un expert de Bergson (*) :

"Pascal – écrivait Bergson – a introduit dans la philosophie une certaine façon de penser, ce qui n'est pas un esprit pur, car il adoucit à l'aide de l' «esprit de finesse » des éléments géométriques [logiques et mathématiques, NDLT ] du raisonnement, mais, en même temps, il ne représente pas une contemplation mystique, car il conduit à des résultats qui sont disponibles pour le contrôle public et pour une vérification "

Original en russe :

«Паскаль, – писал Бергсон, – ввел в философию определенный способ мышления, который не является чистым разумом, поскольку он смягчает с помощью “духа тонкостей” геометрические элементы рассуждения, но не представляет собой и мистического созерцания, поскольку приводит к результатам, доступным публичному контролю и проверке»

Le livre (en russe) s'intitule "Henri Bergson " et est publié sur internet

http://www.rumvi.com/products/ebook/%D0%B0%D0%BD%D1%80%D0%B8-%D0%B1%D0%B5%D1%80%D0%B3%D1%81%D0%BE%D0%BD/c9222a79-fc39-4baf-8c28-427172b5d5b3/preview/preview.html

Par contre je ne connais pas le titre original de l’œuvre de Bergson dont il était question de citer. C'est à mes collègues – contributeurs m'aider à le trouver :-)

(*) Voici sa page sur le site de l'Institut de Philosophie d'Académie des Sciences russe.
http://iphras.ru/blauberg.htm

Bien à vous

Vladimir Trofimov

Écrit par : Vladimir Trofimov | 27/03/2017

Bonsoir Vladimir Trofimov (cette fois, je ne vais pas omettre votre patronyme),

L’expression « esprit de finesse » se trouve dans La Pensée et le Mouvant, suite d’articles et conférences parus dans les années 30. Ai eu l’occasion d’y jeter un œil à propos d’un travail sur la médecine du XIXe siècle (Partie VII : la Philosophie de Cl. Bernard). Ce n'est pas une lecture facile. Bergson, à ce que j’ai cru comprendre, utilise l’expression de Pascal pour analyser l’intuition. Pour plus de clarté, je ne puis que vous conseiller le blog philosophique Mme Simone Manon signalé ci-dessous et de vous accrocher… Mais si vous trouvez Bergson utile pour mieux comprendre Pascal, tout vous est possible. Bon courage.



http://www.philolog.fr/esprit-de-geometrie-esprit-de-finesse-pascal/

Écrit par : gislebert | 27/03/2017

Gislebert,

Merci d’avoir tenu compte de ma remarque relative à l’identité sous laquelle les intervenant(e)s de ce blog signent leurs commentaires tandis que vous vous adressez à Vladimir Trofimov et précisez «  (cette fois, je ne vais pas omettre votre patronyme) »

En l’occurrence et juste pour info, le patronyme, en Russie, n’est pas le nom de famille.

Le patronyme se situe entre le prénom et le nom de famille et est reconnaissable à sa terminaison en -ovitch ou -evitch qui indique la filiation par rapport au prénom du père.

L’usage du patronyme ajouté au prénom a une valeur très spécifique, en Russie. Il représente respect et estime et équivaut à notre Monsieur ou Madame suivi du nom de famille.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 27/03/2017

Merci pour vos précisions, ai toujours pensé que les Davidovitch, Serguievitch et autres étaient des deuxièmes prénoms. Vais m’endormir moins ignare… et heureux : pour une fois que vous ne me reprochez ni ma myopie récurrente, ni mon prisme déformant. A marquer d’une pierre blanche.
Bien à vous.

Écrit par : gislebert | 27/03/2017

Gislebert,

Il ne s’agit pas de reproches mais de constats.

A vous de les invalider lors de vos prochains commentaires.

D’avance merci de l’attention que vous porterez à ce qui s’écrit et non à ce que vous croyez y lire, cela rendra les échanges d’autant plus constructifs!

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 28/03/2017

Gislebert,

Merci de votre référence sur « La Pensée et le Mouvant » d'Henri Bergson.

Il est publié intégralement sur l'internet

http://obvil.paris-sorbonne.fr/corpus/critique/bergson_pensee.html

Effectivement, à deux reprisses Bergson y emploi l'expression « esprit de finesse »

« La pensée sociale ne peut pas ne pas conserver sa structure originelle. Est-elle intelligence ou intuition ? Je veux bien que l’intuition y fasse filtrer sa lumière : il n’y a pas de pensée sans esprit de finesse, et l’esprit de finesse est le reflet de l’intuition dans l’intelligence »

et

« Sur ce nouveau terrain on n’avancerait jamais, comme sur l’ancien, en se fiant à la seule force de la logique. Sans cesse il faut en appeler de l’ « esprit géométrique » à l’ « esprit de finesse » : encore y a-t-il toujours quelque chose de métaphorique dans les formules, si abstraites soient-elles, auxquelles on aboutit, comme si l’intelligence était obligée de transposer le psychique en physique pour le comprendre et l’exprimer. »

Je serais d'accord avec vous que pour Bergson « esprit de finesse » (de Pascale ) correspondrait à l'intuition. Ça me paraissait clair déjà d'une citation de Bergson que j'ai donnée dans mon commentaire précédent. Malheureusement « La Pensée et le Mouvant » de Bergson n'est pas le livre qu'Irina Blaouberg cite, livre dans lequel Bergson explicitement parle de Pascal.

Je ne suis pas philosophe par formation mais il me semble que Bergson est plus clair que Pascal.

Évidemment je n'ai pas le temps de lire ni Pascal, ni Bergson. Ce que je voulais qu'on me précise c'est d'abord la définition de l'esprit de finesse. Pascal ne le fait pas.
Pourtant je trouve que « finesse » dans son expression n'était pas un choix très judicieux. En lisant Pascal, -contrairement à l'expression « l'esprit de géométrie »- j'ai été privé de toute intuition initiale concernant « l'esprit de finesse », et le nom bien choisi y joue beaucoup (dans l'intuition:-) ). C'est pour ça que je suis parti faire mes recherches sur l'internet russophone.

PS :

Je remercie Hélène Richard-Favre de vous avoir expliqué le sens du terme « patronyme ». Ça m'a évité de le faire moi-même.
Je vous confirme donc que « Trofimov » est mon nom de famille et pas mon patronyme.

Écrit par : Vladimir Trofimov | 28/03/2017

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