20/04/2018

Imaginer Sisyphe heureux, c’est subvertir l'arbitraire

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Souvent, je me suis demandé comment, face à une souffrance, agissait l’empathie.

Il y a de très fortes chances qu’une fois ou l’autre, chacune et chacun d’entre nous ait été confronté à un mal vécu de l’intérieur ou partagé de l’extérieur s’il a touché un tiers.

De fait, chacune et chacun de nous aura sans doute connu l’empathie pour en avoir été gratifié ou l’avoir prodiguée.

Pourquoi évoquer, ici, cette problématique?

Parce que, nombre de sujets sensibles ont été traités sur ce blog et que, sauf à mener d’action dite engagée, celle qui se limite à commenter relève de l'opinion qualifiée de publique. 

Savoir quelle influence celle-ci est en mesure d’exercer face à un pouvoir qui dispose de moyens pour l’ignorer, laisse à penser qu’elle n’a de droit que d’exister.

Doit-on, pour autant, plonger dans le pessimisme et se détourner de situations face auxquelles se mobilisent nos sensibilités?

Telle apparaît la question à se poser au vu du crédit limité -quand il ne rejoint pas le mépris- apporté à celle ou à celui qui use de son droit d’expression face à une situation qui lui paraît devoir mobiliser l’attention.

Que ledit droit d'expression soit d’ordre légal, son destin semble, parfois, tracé d’avance.

Dans ce cas, lutter en faveur de causes qui exigent qu’on y revienne sans cesse alors que tout se met en place pour les rendre d’autant plus indéfendables, peut s’apparenter à la tâche qui fut imposée à Sisyphe.

Albert Camus a proposé de l’imaginer heureux. 

C’est là une attitude philosophique. Qu’on y souscrive ou pas, elle est une manière de résister et confirme, par là-même, sa force qui transcende l’arbitraire.

  

Commentaires

Hélène, vous proposez là un thème sur la résilience humaine, si j'ai bien compris le sens de votre billet.

C'est incroyable comme la résilience (tant prônée par toutes les religions et les philosophies sociales) bouffe la vie de celui qui subit cette caractéristique si particulière et si indéfinissable.

Mais la question qui me taraude à ce propos: La résilience connaît elle une limite. Je pense que oui. Mais Où se trouve cette limite et comment se manifeste-t-elle?
La résilience est-elle aussi responsable de la mort intellectuelle et spirituelle de l'être vivant?
La souffrance extrême de l'oppression ou de la dénégation ne devient-elle pas un extraordinaire ressort d'un nouveau départ sur du neuf, ne pousse-t-elle pas à la résolution et à la détermination d'en finir avec elle?

En tout cas, le crime, souvent, est d'avoir volé le temps du Sisyphe ciblé. Cela équivaut à la condamnation à mourir à petit feu. Mais c'est la mort intellectuelle qui est recherchée contre Sisyphe. Le corps peut être déchu, mais l'intellect et l'intelligence n'en mourront probablement pas.

Sur ce thème, j'ai envie d'écrire un roman...de gare: la vieillesse de Sisyphe (dans l'hypothèse d'un Sisyphe qui survit à tous les vicieux sévisses) et qui aura vu mourir son bourreau bien avant lui. Il aura porté son bourreau toute sa vie durant et l'avoir vu s'user et se désintégrer à vouloir le détruire.

Écrit par : Beatrix | 21/04/2018

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Au lieu du Camp du Bien et du Mal, être résilient et productif ne rend il pas heureux. Aristote avait dit il y a des milliers d année que le Bien ne suffit pas à être heureux, mais le mal suffit à rendre malheureux. C est la difficulté aujourd hui est de savoir qui est vraiment dans le Bien Absolu (il y en a beaucoup qui croient l être) et qui est le Mal Absolu (ceux désignés par le camp du Bien, comme quoi...!)

Du côté du Pouvoir (politique) qui détient les clefs du Bien absolu, il n y a rien de plus dangereux que ce Pouvoir-Boxeur et heureux de boxer surtout quand ce même Pouvoir ne veut pas reconnaître qu il est aussi le producteur du mal bien qu il le sait bien à cause de ses manigances et ses mensonges éhontés.

De l autre côté, que les Citoyens qui se trouvent dans le camp dit du bien, pensent que seuls d être "bien", d avoir le confort et l aisance ne suffisent pas à être heureux. Car, dès que le mal s installe chez soi il nous rend malheureux à l image de ce même mal qui s est installé ailleurs chez les autres, là bas où le feu les ravage et nous, nous regardons ailleurs comme si rien n y était, vous voyez où, la liste est non exhaustive?

Pourquoi ce Pouvoir-Boxeur souvent irresponsable et criminel et qui a mangé les enfants des autres, pourquoi s empêche-t-il bientôt de ne pas manger ici chez soi, l enfant de mon voisin voire même l enfant de sa propre mère?

Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 21/04/2018

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A propos du mal, Charles 05, je me rappelle un proverbe chinois qui dit, en substance, que « le mal vit du bien qu’on lui fait » ...

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 21/04/2018

Mythe pour mythe, je préférerais l'attitude de Don Quichotte. N'avoir pas peur de s'attaquer seul à une armée de plusieurs milliers d'ennemis...

Le Sisyphe de Camus m'a toujours paru très suspect. Il faut savoir qu'il roule son caillou dans le Tartare et on ne dit pas toujours pourquoi il a été condamné. Nous ne sommes pas des Sisyphe. Comment est-il possible d'imaginer un criminel heureux? C'est absurde. Quant au mythe, il y a différentes interprétations et celle de Camus est un détournement.

Camus a un gros problème avec la mort et juge la vie absurde. Cela lui appartient, mais - à mon humble avis - il emm.... le monde avec sa vision tordue de la vie. Comme Nietsche qu'il vénére il a perdu son père alors qu'il n'était qu'un enfant ou bébé. Ceci peut expliquer cela.

Quant à ceux qui vont à contre-courant, je suis persuadé qu'ils SONT heureux et peu importe la tâche.

Écrit par : Daniel | 21/04/2018

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Merci à vous trois, Beatrix, Charles 05 et Daniel, d’avoir commenté ce sujet. Il me tenait à coeur de le partager ici pour toutes sortes de raisons sur lesquelles je reviendrai sans doute.

Je conçois que Beatrix et Charles 05 songiez tous deux à la « résilience ». Vous aurez noté, au passage, que je n’ai pas employé ce terme que les travaux de Boris Cyrulnik ont, comme vous le savez, « vulgarisé ».

Je me suis inspirée de Camus et de son regard sur Sisyphe. Il y aurait aussi « L’homme révolté » sur lequel on pourrait s'arrêter, une autre fois peut-être. Mais alors, pourquoi pas aussi, « Noces » et tant d’autres de ses oeuvres...

http://www.e-litterature.net/publier2/spip/spip.php?page=article5&id_article=469

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 21/04/2018

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@Mme H.R.-F.,

Hormis la résilience que vous avez relevée, c est clair que la Révolution est une attitude responsable et à saluer à condition que les citoyens ne passent pas plus de temps à regarder et à écouter Hannounah que lire un livre ou réfléchir un peu mieux ou plus!

Aujourd hui on "fête" Mai 68 et comment elle a changé le monde en France vers une liberté qui était confisquée. Ce qui est regrettable est que les ex-leaders charismatiques de Mai 68 qui sont devenus des vieux de mai 68 ont retourné leurs vestes et ils sont pas restés non plus des gauchistes ou des rouges mais bel et bien des sales capitalistes à outrance.

Il n y a ka citer Dany le rouge et BHL, deux extrêmes droitistes pas loin de devenir des fachos. L hégémonie américaine les a soutenus et levés au rang des "intellos hors paire" à condition qu ils crachent sur l EST incluant la Gauche ou ce qu il lui reste et surtout sur la Russie. Aider oui, mais à une seule condition qu ils se la bouclent contre l Occident surtout contre l UE, l Otan bras armé des USA et carrément à faire suivre ce que les Yankees ordonnent à leurs vassalisés-alliés. A l égard des ces derniers toutous, Washington et /ou l Otan les avertissent de main de fer:Si vous n obéissez pas à nous, on ne vous protège pas contre les Terroristes et si vous vous entêtez encore plus, on vous les envoie nous même, compris!

Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 21/04/2018

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Charles 05,

«Hormis la résilience que vous avez relevée, c est clair que la Révolution est une attitude responsable et à saluer à condition que les citoyens ne passent pas plus de temps à regarder et à écouter Hannounah que lire un livre ou réfléchir un peu mieux ou plus! » écrivez-vous.

J’ai relevé que je n’avais pas parlé de « résilience », justement... Donc merci de laisser de côté ce terme auquel sont consacrés nombre de travaux de Boris Cyrulnik comme je l’ai mentionné plus haut.

Pas davantage n’ai-je évoqué le terme de « révolution » dont « L’homme révolté » d’Albert Camus montre bien qu’il ne rejoint pas le révolutionnaire.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 21/04/2018

Sur Albert Camus, il me rappelle de deux de ses citations desquelles ont été aussi dites par son Père (un boucher de métier, un patriote et un Homme cultivé) qui est décédé suite à ses blessures lors de la guerre française en Algérie, décédé quand son fils Albert n avait que 10 ans:

--Quand on commence à céder sur les mots, on cèdera sur tout après.

--Quand les Hommes ne peuvent plus ou qu ils ne veulent plus changer les choses, ils changent le sens des mots. " Comme quoi!

Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 21/04/2018

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