Dubito ergo sum?

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Au cours de l’une de mes récentes lectures, j’ai repensé à des échanges qui avaient eu lieu ici en lien avec les concepts de « vérité » et de « réalité ».

Dans un ouvrage de l’écrivain chinois Gao Xingjian, Prix Nobel de littérature en l’an 2000, il est écrit ceci que je vous soumets:

La vérité n’existe que dans l’expérience et encore seulement dans l’expérience de chacun et même dans ce cas, dès qu’elle est rapportée, elle devient histoire. Il est impossible de démontrer la vérité des faits et il ne faut pas le faire.

Il s’agit là d’un extrait de « La montagne de l’âme », paru en traduction française aux éditions de l’Aube en novembre 2000.

Que le récit d’une expérience devienne une histoire invérifiable se conçoit. De là à en faire une généralité selon laquelle des faits seraient indémontrables, c’est privilégier le doute à la confiance.

Rien n’indique du premier qu’il soit constructif ou créatif. La seconde, quant à elle, ne gage pas non plus de quoi que ce soit de meilleur. La « vérité » se nicherait-elle entre doute et confiance ou nulle part?

Commentaires

  • Dans le passé et même à ce jour on dit: "Levez la main droite et jurez de dire toute la vérité rien que la vérité" et cela a l air de « marcher ». Boff...

    L Humanité ne supporte plus d admettre la réalité des choses: Des pays décimés sans raison, des dirigeants voyous, incompétents, instables et l incendie est là-bas mais on regarde ailleurs comme si rien n y était, des remèdes prescrits pour des situations malades mais qui n aboutissent à la fin qu à la mort du « patient »... Alors quand on ne supporte plus la Réalité, comment voulez-vous qu on ait besoin de réfléchir et de comprendre sans trop parler de la Vérité/Réalité...

    Bien à Vous.
    Charles 05

  • L'être humain est une entité complexe qui fonctionne selon un subtil mélange d'intuition et de réflexion. C'est d'ailleurs ce qui nous différencie principalement de la machine.
    La science a, de tous temps mais un peu moins aujourd'hui, prétendu fonctionner sur le seul modèle vérifiable à partir d'axiomes immuables. Et pourtant les scientifiques de pointe repoussent toujours la limite du savoir et certains deviennent même mystiques tant leur connaissance leur permet de mesurer leur ignorance.
    Si nous avons tous besoin de savoir où nous mettons les pieds, et le reste, il est très difficile de profiter des expériences d'autrui pour éviter les impasses. Ainsi nous avançons tous à notre rythme et nous devons passer par le feu de la pratique pour espérer en tirer une leçon. Le cumul de ces expériences vient s'ajouter à l''inné pour développer nos personnalités uniques et intransportables ce qui permet l'infinie diversité du monde et donne du sens à la vie au travers de la découverte de l'autre. La différence est notre moteur. Certains voudraient l'effacer, la diminuer en tentant de convaincre que leur vérité est la bonne et qu'elle mérite large diffusion. C'est le principe de la plupart des religions et c'est la base de tous les conflits.
    Il y donc vraisemblablement autant de vérités que d'individus qui constituent ensemble une réalité du moment.
    Celui qui a compris cela commence à développer une certaine forme de sagesse qui implique le doute et qui va l'inciter dorénavant à observer avec une attention accrue tous les évènements dans un émerveillement chaque fois renouvelé. C'est ainsi qu'il va progressivement redevenir enfant dans cette innocence première que beaucoup s'empresseront de qualifier de naïve dans un monde cruel où chacun tente de se faire sa place.
    Pourtant, celui qui a accès à cette prise de conscience va simultanément développer une forme de détachement libérateur qui lui permettra de se distancer des logiques guerrières alimentées par la crainte de perdre. Ainsi il va gentiment son chemin vers la liberté car il a compris le manège d'un esprit au service de l'ego qui tourne en boucle pour protéger une entité fictive contre des maux fabriqués de toutes pièces par lui-même. C'est ainsi que nous nous occupons au quotidien. C'est le cinéma perpétuel, la vie est un théâtre dont nous sommes à la fois les acteurs et les spectateurs. A la fois drame et comédie, nous pouvons en rire ou en pleurer sans espoir d'en sortir avant de mourir. C'est la condition humaine.

  • J'ai oublié de parler de la confiance.
    Car même si c'est implicite dans le développement cela mérite un chapitre.
    C'est l'absence de confiance qui nous suggère de nous protéger de l'autre. Nous nous méfions des intentions par simple projection. Dès le moment où nous avons des attentes à satisfaire, nous mettons la pression sur notre entourage qui a peur de se faire spolier, de perdre, de manquer.
    Ce n'est que lorsque nous commençons à éprouver la liberté offerte par le dénuement que nous réalisons à quel point tout est déjà là et qu'il n'y a rien à attendre de personne.
    Mais lorsque je parle de dénuement, je me comprends. Il ne s'agit pas d'être pauvre, voire misérable comme certains qui sont loin d'être pauvres, mais juste de réaliser qu'il n'y a pas besoin de posséder pour être riche. C'est un discours qu'il est difficile de tenir avec une personne, un groupe ou un pays qui aspire à la prospérité et à la richesse dont l'occident jouit depuis quelques décennies. Seuls ceux qui ont peuvent comprendre qu'ils n'ont pas besoin d'avoir.
    La confiance devient alors une évidence, car nous n'avons plus rien à perdre.
    Et parallèlement se développe de manière parfaitement simultanée le sentiment de compassion envers ceux qui n'ont pas encore accès. Ils ne deviennent plus des menaces, mais des victimes de leurs attentes et ne peuvent qu'éveiller un sentiment d'amour et une envie d'aider à réaliser la beauté du dénuement, de l'oisiveté et de la confiance qui en découle tout naturellement.
    Bon, d'accord, ça à l'air vachement théorique et ça ressemble furieusement à un besoin de donner des leçons. Je m'en défends vigoureusement. Je ne fais que part d'une prise de conscience du moment et de mon envie de la communiquer. Vous m'en avez donné l'impulsion en revenant sur ces questions de vérité et de réalité auxquelles nous accordons beaucoup d'importance alors que ce qui compte vraiment, pour moi du moins, et de manière de plus en plus évidente au fil des ans, c'est notre capacité à aimer.

  • "Il y donc vraisemblablement autant de vérités que d'individus qui constituent ensemble une réalité du moment."
    Ce que vous appelez "vérités" ne sont que des mensonges. Vous oubliez au passage le principe de non contradiction. L'imagination humaine ne construit pas des "vérités", mais des mensonges, la plupart du temps pour se tromper soit même en prétendant que ce sont des "vérités". L'angoisse de la mort a constamment favorisé tout au long de l'histoire humaine ces imaginations consolatrices. Le résultat en sont des idéologies de mort qui expliquent les conflits bien mieux que des "vérités". Ceux qui disent des vérités (la Terre tourne autour du soleil, par exemple) ont plus souvent été menacés ou tués que ceux qui disent des mensonges. Un autre exemple est le nombre de témoins de l'assassinat de JFK qui ont à leur tour "perdu" la vie suite à leurs témoignages (qui étaient en contradiction avec le mensonge officiel).

    Les mésopotamiens et les grecs (avant Platon) avaient déjà tout compris. Ce qui est venu après a été de l'enfumage pour le contrôle et le pouvoir. Le contrôle des cerveaux (bourrage et lavage: principe de TOUTES les religions) est plus économique que le contrôle des corps. Principe de la volonté de pouvoir des dominants.

    C'est fou ce que le mot vérité est dévalué. Correction:
    "Il y donc vraisemblablement autant d'OPINIONS que d'individus qui constituent ensemble une ALIÉNATION du moment."

  • "C'est l'absence de confiance qui nous suggère de nous protéger de l'autre."
    Vous êtes trognon, PJ! Sans doute n'avez-vous jamais entendu parler de Madoff et de tous les margoulins de son genre qui sont très nombreux. En Suisse la confiance est beaucoup plus grande qu'en France. Nombreux exemples. Sans doute parce que les profiteurs sont plus nombreux (une sorte de sport national), et qu'il n'y a pas de contrôle de l'habitant, ni de système de poursuite efficace. Malgré une bureaucratie écrasante et donc inefficace.

    "Nous nous méfions des intentions par simple projection. "
    Ah, vous n'avez jamais été spolié. Grand bien vous fasse!
    Correction:
    "Nous nous méfions des intentions par simple EXPÉRIENCE. "

    Vous vous êtes fait berner par maudet et vous lui gardez votre confiance. Rien besoin d'en dire plus. Si ce n'est que confiance, mensonges et soupçons de corruption (en attendant mieux) ne font pas bon ménage.

    "Bon, d'accord, ça à l'air vachement théorique et ça ressemble furieusement à un besoin de donner des leçons."
    Pas vraiment. Car vous n'êtes pas dans le dénuement. Vous n'avez pas fait retraite dans un monastère, ni au sommet d'une montagne. Vous avez toujours votre bagnole, votre vélo, votre ordinateur, votre blog, votre femme, vos enfants. Alors pour le dénuements, à d'autres. Bref vous n'êtes pas crédible. Désolé.

  • Daniel,

    Je viens à l’instant de découvrir ce commentaire qui était resté en rade quelque part dans les méandres du circuit informatique...

  • En tête de l'article figure un lien vers un sujet précédent de ce blog. Dans ce sujet du 18 juin dernier, PJ a déposé un lien vers un sujet de son propre blog sur l'idée de vérité auquel j'ai participé. Revoici ce lien:
    http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2018/01/16/l-idee-de-verite-289021.html

    En le parcourant rapidement, je vois que Mère-Grand a fourni un commentaire en réponse à un des miens, commentaire que je n'avais pas lu avant aujourd'hui. Il y a aussi un commentaire de Gislebert que je découvre. Comme le sujet est encore ouvert, je vais y poster mes réponses aujourd'hui ou demain.

    Plutôt qu'aux vérités, je pense qu'il est tout aussi important voire même davantage de s'intéresser aux mensonges. Nous en apprenons plus sur les personnalités et la politique grâce aux mensonges.

  • Il y en a pour qui le "dubito ergo sum" se transforme en: je suis (un désinformateur) et donc je ne doute pas. Exemple:
    https://www.nouvelobs.com/chroniques/20190719.OBS16135/vladimir-poutine-rencontre-avec-le-diable.html

  • Madame Richard-Favre,
    "Je viens à l’instant de découvrir ce commentaire"
    Pas de souci. Ce n'est pas la première fois. Merci pour l'explication.

    Je viens de poster le commentaire promis hier, poursuivant notamment la discussion avec Mère-Grand que je remercie une nouvelle fois. C'est ici:
    http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2018/01/16/l-idee-de-verite-289021.html?c
    Pour rappel, le sujet est "l'idée de vérité".
    Au bon vouloir de PJ.

  • Et encore merci à vous, Daniel, du lien que vous avez indiqué plus haut dont voici ce qu’il m’a inspiré:

    http://voix.blog.tdg.ch/archive/2019/07/19/apres-le-dictateur-le-diable-decidement-le-president-russe-est-une-mine-d-o.html

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