Qui est cannibale?

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Qui est cannibale? A deux reprises, l’adjectif est employé dans l'article cité en lien plus bas et consacré à la mémoire du goulag. 

Une fois pour qualifier Sandarmokh en Carélie, comme « concentré du système répressif et cannibale soviétique ». Une autre fois, pour dire des années 1937 et 1938 qu’elles furent « les plus cannibales, avec environ 700 000 personnes exécutées à travers le pays, en plus des millions d’autres envoyées en camp ou en exil. » 

Mais c’est aussi un autre usage linguistique qui interpelle dans ce même article.

En effet, dans son premier paragraphe qui apparaît en caractères gras, on apprend que « la réécriture de l’histoire est un aspect essentiel de l’idéologie poutinienne ». De ce que serait « l’idéologie poutinienne », pas la moindre explication ni l’esquisse même d’une définition.

Comme si le sens de pareils termes devait aller de soi et s’appliquer à un pays qui compte au moins 145 millions d’habitants et s’étale sur autrefois 11 fuseaux horaires désormais ramenés à 9. On l’a compris, deux discours s’affrontent.

L’un est d’emblée annoncé comme celui d’une « idéologie », en l’occurrence « poutinienne », l’autre s’en prend à elle, s’estimant peut-être dégagé de toute idéologie. Il ne se nomme donc pas, il se déroule et énonce des faits selon son point de vue. 

Et voici comment les uns et les autres s’affrontent, qui, à vouloir restaurer la mémoire des victimes de Staline, qui, celles tombées sous les balles des Finlandais entre 1941 et 1944. Et si toutes ensemble étaient à honorer? Il semble que cela relève de l’impensable.

Pareille lutte autour de mémoires n’est pas l’apanage de la seule Russie. Partout, l’idéologie s’infiltre. Avec ou sans nom, créée de toutes pièces ou sans identité particulière comme ici, le but du propos reste identique, dire l’Histoire dans un sens et pas un autre.

Paix soit rendue à autant de victimes quelles qu’elles soient!

 

 

Commentaires

  • Un crime n'efface pas un autre crime.

    Sauf quand il s'agit de propagande et que les crimes des uns sont systématiquement passés sous silence. Ces crimes des uns, les crimes des anglo-saxons et des espagnols, sont de plus des crimes racistes, ce que n'ont pas été les crimes des Soviétiques. Le premier goulag a pour nom Oklahoma.
    https://finalscape.com/histoire-realites-le-massacre-des-amerindiens/

    Voici deux articles qui remettent certaines choses en perspective:

    http://www.unz.com/akarlin/genocide-olympics/?highlight=holomodor

    http://www.unz.com/runz/american-pravda-the-bolshevik-revolution-and-its-aftermath/

    Et ne jamais oublier que ni Trotzky ni Staline ni Krouchtchev n'étaient russes

  • Daniel,

    Merci des liens à ces articles, dont l’essentiel du propos du deuxième rejoint le mien qui pointe l’idéologie sans cesse prête à récupérer la mémoire pour l’écrire dans le sens qui lui convient.

  • L`idéologie poutinienne, c`est celle du nationalisme. Au centre, il y a la commémoration perpétuelle de Pierre le Grand et de la victoire sur l`Allemagne nazie qui, on le sait, fut acquise par la Russie de Staline et cela implique qu`il est exclu de faire de Staline une figure historique négative. Le goulags et tout ca? On compatit pour les victimes mais on évite de monter en épingle et de remettre en question le stalinisme pour cela. Exercice d`équilibre digne des artistes du grand cirque de Moscou.

  • Jean Jarogh,
    Juste pour dire, l’Allemagne est devenue nazie « grâce » au comportement inhumain des Alliés à son encontre, après la 1ère guerre, l’amputant de nombreux territoires, la réduisant à la famine, la condamnant à payer des sommes de réparation impayables : l’Allemagne a dû se rassembler autour d’un leader pour ne pas sombrer..
    ( attention, avec le chaos actuel en occident, un mouvement semblable pourrait bien se produire.. ).
    Et pour terminer, la 1ère guerre mondiale a été préparée et voulue spécialement par l’Angleterre, pour détruire l’hégémonie de l’Allemagne qui allait grandissante, spécialement suite à l’alliance de celle-ci avec l’Empire Ottoman, et qui était entrain de construire un oléoduc ferroviaire Istanbul - Baghdad, avec les concessions pétrolières allant avec...
    Sachez que l’histoire est TOUJOURS écrite par les vainqueurs, apprenez à réfléchir par vous-mêmes et cessez de répéter ce que vous entendez en bêlant comme des moutons, car nous sommes des humains !

  • Je suis d`accordavec ce que vous dites, mais ca ne change rien a mon commentaire. La Russie de Staline a vraiment vaincu l`Allemagne de Hitler et ce dernier était vraiment un fou criminel... tout comme Staline mais lui doit etre ménagé par le pouvoir russe actuel s`il veut continuer a tirer les bénéfices patriotiques de la victoire stalinienne.

  • Excellent votre article chapeau Mme Hélène Richard-Favre...

    Je signale que votre dernier lien en bleu "Paix soit rendue à autant de victimes quelles qu’elles soient!" est plus que magnifique s agissant, si vous me le permettez et pour ceux qu ils n ont pas encore cliqué dessus ....C est la belle musique et le plus beau chant du monde, à mes yeux, la Passion de Saint Mathieu....

    Bien à Vous.

  • Afin d'expliquer ce qu'on pu être "les balles des Finlandais entre 1941 et 1944", j'aimerais amener quelques éléments d'histoire. Car la situation en Carélie a été très mouvementée, dès l'hiver 1939.
    Il m'est apparu que cette histoire est largement méconnue ici, car il y a tant à apprendre sur les événements dans les régions limitrophes.
    Je n'écris pas dans une intention de propagande, il s'agit juste de donner quelques faits concrets. Je m'attends à des foudres acérées, mais il faudra faire avec.

    Du point de vue de beaucoup de pays, quand il y a une guerre, il faut défendre son pays et essayer de reconquérir des territoires perdus. Les Finlandais ne sont donc pas des bouchers et snipers enragés, qui auraient pris des Soviétiques pour cible, sans raison.

    Le nom de la Carélie vient du mot finlandais Karjala. Ce territoire en bordure Est de la province nommée Finlande était habité de très longue date par des gens de langue et de culture finlandaise, en dépit du fait que le pays n'a jamais été indépendant avant 1917.
    Au moment de l'incident de frontière de Mainila ( novembre 1939), environ 450 000 personnes vivaient en Carélie (12 % de la population de la Finlande ).
    Ils ont dû partir et n'ont jamais pu revenir.
    La province a été définitivement perdue, ainsi que d'autres territoires stratégiques au Nord-Est.
    Je connais cette histoire de première main, puisque la famille de ma mère faisait partie des expulsés. Elle est originaire de Terijoki, qui désormais s'appelle Zelenogorsk et est incorporée à la ville de St Petersbourg.

    Dès 1941, les Finlandais ont espéré reconquérir ce territoire, qui était non seulement passablement peuplé, mais également très importante du point de vue culturel. L'épopée orale du Kalevala est née en Carélie et elle représente encore aujourd'hui un précieux fonds commun pour les Finlandais.

    En 39, pendant la "guerre d'hiver", 26 662 soldats finlandais sont morts au front et environ 1000 civils. Du côté soviétique, on a annoncé 48 745 soldats tués et 158 863 blessés, pas de civils soviétiques dans la région. De nos jours, on estime que les chiffres du côté soviétique ont dû être plus élevés.
    Les Finlandais connaissaient le territoire, ils pratiquaient la guérilla à skis, en combinaisons blanches et se battaient pour leur pays. Du côté soviétique, les soldats n'étaient pas habitués au climat rude et suite aux purges staliniennes, le commandement n'avait pas non plus une grande expérience.
    Il y a eu un traité de paix en 40, défavorable à la Finlande. Elle devait toutefois se considérer chanceuse de n'avoir pas tout perdu, car l'adversaire était de taille.

    Tout comme les Soviétiques ont pu s'allier avec Hitler en concluant "le pacte germano-soviétique" au début de la guerre, les Finlandais l'ont fait dès 1941. Les Nazis et les Soviétiques avaient rompu leur alliance et Hitler a voulu passer par la Finlande.
    D'où des morts côté soviétique, mais également du côté finlandais.
    La rupture du pacte finno-germanique a causé d'autres malheurs, comme s'il n'y en avait pas déjà assez comme ça.
    La Finlande n'a bénéficié d'aucun soutien de pays tiers, elle s'est débrouillée sans alliés. Tout cela est resté dans les mémoires comme une immense plaie, comme c'est le cas dans tous les pays qui ont connu une guerre récemment.

    Je crois que le mot " cannibalisme" ne s'applique pas à une situation de guerre.
    On ne mange pas, on tue. Ceux qui tuent et sont tués se retrouvent dans un face à face qu'ils n'ont pas forcément choisi. Ils y ont été envoyés pour exécuter des ordres plus ou moins bien inspirés.
    Les parallèles avec des situations contemporaines sont évidentes.

    ...........................

    Pour ceux que les détails intéressent, je mets des liens Wikipedia. Il est difficile de trouver de la littérature en français sur ce sujet.
    Les années 1941-44 s'appellent " la guerre de continuation", donc la continuation de la "guerre d'hiver" de 1939.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Continuation

    Il y a le problème des sources pas suffisamment citées, mais dans la version en finnois, les sources sont là. Cet article n'existe pas en russe, seulement en ukrainien.

    Je n'arrive pas à mettre le lien pour la version en russe sur "la Carélie abandonnée". Les caractères cyrilliques ne sont pas reconnus par ma souris.
    Aller sur la page en finnois, puis cliquer sur le russe, marge de gauche. Il n'y a pas de version dans d'autres langues.

    https://fi.wikipedia.org/wiki/Luovutettu_Karjala

  • "Tout comme les Soviétiques ont pu s'allier avec Hitler en concluant "le pacte germano-soviétique""
    C'était un accord de non-agression, en aucun cas une "alliance". Jamais les Soviétiques à aucun moment n'ont combattu aux côtés de l'Allemagne nazie. Ce qui n'a pas été le cas de quantité d'autres peuples dont une partie des ukrainiens (Bandera).

  • Merci infiniment de vos éclairages, Calendula.

    Je sais combien les relations entre la Finlande et la Russie ont été et restent sans doute encore complexes, en dépit du fait que plusieurs Russes avec lesquels j’en ai parlé m’aient affirmé que « les Finlandais sont nos amis ».

    Non, Calendula, de ma part en tous les cas vous ne risquez rien de ce qui ressemble de près ou de loin à quelques « foudres acérées ». Car, contrairement à ce que tant de personnes estiment de ce qui a pu être publié sur ce blog en relation avec la Russie, si je l’aime et ne m’en suis jamais cachée, je suis toujours restée ouverte au débat avec quiconque aurait sur elle un autre regard.

    Vous êtes, en son temps venue commenter ici, oui, certains échanges ont été très vifs mais vos interventions ont souvent contribué, pour ce qui me concerne en tous les cas, à affiner certaines prises de position.

    Donc merci à vous et merci d’être revenue pour commenter ce sujet, sensible s’il en est.

    Contente que vous vous heurtiez, vous aussi, à ce terme bien mal choisi de « cannibale ».

    Pour le reste, voici et selon les indications que vous nous avez données, la page russe de Wikipedia correspondant à celle que vous nous avez indiquée en finnois:

    https://ru.wikipedia.org/wiki/Утраченная_Карелия

  • "Cet article n'existe pas en russe, seulement en ukrainien."

    Celui-ci ?

    http://archive.is/F2adl

  • @ Hélène Richard- Favre,

    Merci !

    Je crois que l'enjeu fondamental des blogs, c'est la qualité de la communication et on a encore énormément à apprendre. Je pense que nous ne sommes encore qu'au début d'une nouvelle façon de parler et nous n'avons pas encore les codes.
    Quand on se parle, dans la vraie vie, on tient compte de beaucoup de choses simultanément, dont le langage non- verbal. C'est en partie culturel et pas toujours simple non plus.
    Lorsqu'on tient à se faire comprendre, ou à convaincre, on n'agresse ou ne rabaisse pas son interlocuteur. On sait très bien que c'est contreproductif.
    Dans l'espace- commentaires, ce n'est pas une évidence !
    On n'existe ici que par l'écriture, heureusement. Mais c'est dommage qu'on se retrouve très vite dans des embrouilles pseudo- personnelles inintéressantes. Car le pseudo n'est pas toute la personne.

    Pourquoi tient- on un blog et commente- t- on, si ce n'est pour communiquer des idées, opinions et même des faits ? Au mieux, on cherche à partager, au pire, on essaye de faire taire.

    J'ai observé que vous répondez désormais aux commentateurs assez systématiquement, ce qui donne un caractère vivant à votre blog. Cela sert aussi à cadrer les échanges, mais demande beaucoup d'énergie et de temps.

    Pour revenir au sujet même du billet : les lieux de mémoire, comme celui que vous montrez en photo, sont très variés. Ces tombes intégrées et esquissées dans la forêt, recouverts de ce lichen mousseux, sont vraiment poignants. Je trouve qu'ils montrent qu'on s'est battu pour cette terre simple. Il n'y a que des arbres, des lacs, marécages et une végétation modeste.

    Si on demandait aux Finlandais, comment ils voient leur situation de voisinage, je pense qu'une majorité dirait quelque chose comme : je vis au pied d'un volcan endormi.

  • @ Chuck Jones,

    Merci à vous aussi !

    J'aurais dû écrire : je n'ai pas trouvé de version en russe, ou dans une autre langue que l'ukrainien, sur Wikipedia.
    On n'est jamais assez modeste. Je suis en plein apprentissage. ;-)))

  • Calendula,

    Pour avoir souvent parlé de ce voisinage russe avec, entre autre, une personne finlandaise de ma connaissance, je pense que vos mots, très joliment tournés « je vis au pied d'un volcan endormi » sont les plus adéquats pour décrire le sentiment que j’ai eu à l’entendre.

    Quant au reste de votre commentaire en relation avec les échanges qui se développent entre intervenants de réseaux sociaux ou de blogs, j’essaierai d’y revenir dans un prochain sujet.

    Merci d’être à nouveau là. Nous n’avons pas toujours été d’accord sur tout mais il est vrai que j’aime les échanges contradictoires, bien davantage que les attaques ad personam qui ne manquent malheureusement jamais d’émailler certains combats qui ne parviennent pas toujours à rester d’idées ou d’opinions.

  • @ ©alendula,
    A voir, ce film finlandais sorti en 2017 « Tuntematon Sotilas » The Unknown Soldier.

    https://www.ladn.eu/mondes-creatifs/top-des-pubs/cinema-et-publicite-le-film-finlandais-qui-a-revolutionne-le-brand-content/

  • "Le soldat inconnu" de Väinö Linna est un classique, un immense succès en Finlande. Je ne l'ai jamais lu, parce que c'est un roman de guerre. Alors voir le film ...
    Il est évidemment totalement dans la cible par rapport à ce billet et sa photo d'illustration, puisque il parle de la " guerre de continuation".
    L'avez- vous vu ? Si oui, qu'en avez- vous pensé ?

  • Je n'ai pas lu le livre mais j'ai vu le film en version finlandaise.
    Un film comme vous dites totalement dans la cible de votre billet, très intéressant par ailleurs, et qui parle aussi des liens qui unissent les soldats au front.
    Je n'aime pas non plus les films de guerre, mais j'ai surtout apprécié la référence historique, la langue et l'ambiance nordique. Ambiance que j'apprécie aussi dans les polars et les séries policières, vous connaissez certainement aussi la série Sorjonen, Bordertown avec Ville Virtanen en inspecteur de police finlandais très singulier, rgds.

  • Mmk,

    Calendula parlait du sujet de ce blog dans son commentaire pour dire du vôtre qu’il y entrait parfaitement. Rien de grave, juste préciser et rappeler aussi que mon propos concerne la manière de se déchirer au sujet de mémoires à honorer, entre autre, celle de soldats et de civils soviétiques morts pour des raisons différentes et autour desquelles on s’accuse de récupération.

    Cela dit, merci de ces échanges fort intéressants et de la référence au film et au livre duquel il s’inspire!

  • En effet Madame désolé de mon hors propos.
    Paix sois rendue et sans parti pris à toutes les victimes soviétiques entre autres, rgds.

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